ACTUALITÉS : Edito du Journal la Semaine du 12 septembre

logo La SemaineLa lettre est arrivée sur mon bureau ce lundi matin et porte la signature d’un chef d’entreprise mosellan. Adressée aux élus, comme aux médias de la région, elle est carrée comme le bonhomme, pleine d’émotion et de vie en même temps.

Elle dit l’exaspération d’un patron installé depuis plus de 100 ans dans la vallée de l’Orne et qui n’en peut plus, littéralement, de voir son activité être mise sans arrêt à toutes les sauces cotisantes, réglementaires et fluctuantes, pénalisée dans ses conquêtes de marchés, freinée dans son quotidien. « Laissez-nous travailler dit-il, laissez nous nos chances ».Aux portes d’un Grand-Duché du Luxembourg qui crée à la fois un marché et une concurrence difficile à supporter pour la main-d’œuvre, Christophe Nicoletta, puisque c’est de lui dont il s’agit, milite depuis des années pour la création d’une véritable zone franche face à Esch-Belval. Sans véritable succès jusqu’ici, mais ce sont des arguments qui alimentent la substance des débats lors des réunions de chefs d’entreprise et autres forums. Si je vous en parle dans ces lignes et de cette façon, c’est parce que sur la deuxième page de la lettre, dans les dernières phrases du courrier, apparaît un élément qui résume à lui seul l’enjeu. « Depuis plus de 100 ans, quatre générations se sont succédé à la tête de l’entreprise ici en Lorraine. Pour la 5e génération, sans changement radical de perspectives de nos gouvernements, les investissements et le futur de nos développements ne se feront plus sur notre territoire hexagonal ». Un vrai danger, une tentation et même bien souvent une réalité devant laquelle les élus et l’administration restent empêtrés dans leurs certitudes, installés dans leur impuissance.
Changement de décor. Il fait beau place de Chambre à Metz. Sur les terrasses, les clients sont nombreux ce vendredi midi et juste avant 13 heures c’est le coup de feu en cuisine. C’est le moment que choisissent deux graciles contractuelles messines pour demander à voir le patron, Eric Maire, et lui signifier leur réprobation sur un détail d’alignement de sa terrasse. Fermement mais poliment l’ancien chef étoilé devenu artiste libre en cuisine les envoie balader, les invitant à revenir à un autre moment, où la terrasse est mise, mais éventuellement ajustable car non remplie de clients. Une histoire qui dure semble-t-il. Il aura son « recommandé »… qu’il aurait d’ailleurs pu venir retirer lui-même ce mardi à la mairie où il s’est vu remettre la médaille de bronze du tourisme, lors d’une reception organisée en son honneur.Entretemps Bruno Le Maire, ancien ministre et fringant postulant aux primaires de 2016 pour désigner le candidat UMP à la présidentielle est passé par Metz pour présenter ses réflexions sur la relation entre l’Etat et les entreprises notamment. « On s’est complètement planté ces dernières années » dit-il, regrettant qu’en France, du fait d’une tradition historique et de la création d’une écoles de formatage comme l’ENA, la « noblesse d’Etat soit plus considérée que la noblesse d’entreprise ». Et il plaide pour une stabilité fiscale et réglementaire, flingue allègrement les excès de promesse et de pouvoir, l’omniprésence de la fonction publique parmi les élus, prône la proximité et la responsabilité. Il veut réconcilier les inconciliables.

Dans la salle, notre chef d’entreprise du matin écoute mais n’intervient pas sur ce sujet. Il attend de voir, il attend des actes.

Jean-Pierre  JAGER

Source : Journal la Semaine N°439 du 12 septembre 2013